Inclusion Patinage sur Glace

« Je n’aurais jamais pensé que ce serait possible » : ces enfants en situation de handicap apprennent à patiner grâce à des entraînements adaptés

Le patinage n’est pas l’activité la plus facile pour des enfants en situation de handicap. Pourtant, depuis 5 ans, le club de patinage de Compiègne leur fait une place. Une petite équipe de collégiens vient sur la glace tous les mardis grâce à un entraînement adapté. Ils gagnent en autonomie et surtout prennent du plaisir !

Ils s’appellent les Extraordin’ice. Églantine, Ylan, Adébowalé forment une petite troupe de patineurs. Ces trois collégiens sont scolarisés à Lacroix-Saint-Ouen au sein d’un établissement médico-social en raison de leur handicap moteur. Chaque mardi, quand sonne la fin des cours, leur kinésithérapeute, Marjorie Giannone, vient les chercher, direction la patinoire. Les trois jeunes montent en voiture sourires aux lèvres et impatients de retrouver la glace : « Je me sens très bien car je suis trop content de patiner« , confie Ylan.

Il ne faut pas se mentir, c’est difficile pour eux de venir en séance publique

Vincent Gironde

Entraîneur au Skating Club Compiègne Oise

Ils arrivent au Skating Club Compiègne Oise, qui compte une équipe d’enfants en situation de handicap depuis cinq ans. Le club et APF France Handicap portent le projet. « L’idée c’était de rendre la glace accessible à tous, en particulier aux handicaps moteurs et donc de proposer un entraînement adapté aux enfants« , pose Hélène Sonntag, ergothérapeute et responsable de la Section d’éducation motrice de Lacroix-Saint-Ouen.

Un accompagnement des vestiaires à la glace

Avant d’accéder à la glace, les enfants doivent d’abord chausser leurs patins. Une étape déjà pas évidente pour les trois jeunes tant le geste est précis. Marjorie et Hélène les aident. Chaque petit patin passe entre leurs mains pour qu’elles terminent de les lasser. « Mais les jeunes arrivent à être de plus en plus autonomes pour s’habiller et se chausser« , relève la kinésithérapeute. Et pour patiner, mieux vaut être bien équipé, « des gants, des patins confortables, des vêtements un peu chauds parce qu’il fait froid dans la patinoire« , détaille Eglantine. Avant de quitter les vestiaires, cri de guerre obligé. Enfants et éducatrices clament en chœur « Extraordin’ice ». Le top départ avant de retrouver Vincent Gironde, leur entraîneur.

Pour lui, « c’est un plaisir d’encadrer ces enfants. Ils sont toujours très heureux de venir car c’est la découverte d’un lieu auquel ils n’ont pas accès la plupart du temps. Il ne faut pas se mentir, c’est difficile pour eux de venir en séance publique« .

Des exercices bénéfiques à la motricité

Le petit groupe s’élance sur la glace et écoute attentivement les consignes : « On va mettre les pieds dans le cerceau, l’objectif en donnant des petits coups de patin, c’est d’avancer dans le cerceau« Églantine, Ylan, Adébowalé s’exécutent, parfois en tenant la main de Vincent ou de Léa et Emma, deux patineuses du club. Tous les trois ont remplacé les professionnels qui accompagnaient les enfants sur la glace au début du projet.

Vincent, entraîneur au SCCO, aide Adébowalé à avancer sur la glace pour qu’il ait une vraie sensation de glisse. • © Corentine Sellie / FTV

« On avait 8 jeunes avec 8 rééducateurs en binôme. Petit à petit, ce sont les patineurs du club qui ont pris nos places car notre objectif c’est que le SCCO devienne autonome dans l’accueil de ces enfants en situation de handicap moteur« , précise Hélène Sonntag. Il y a cinq ans, elle et Marjorie, la kinésithérapeute, allaient sur la glace avec les enfants. Aujourd’hui, elles constatent les progrès des enfants depuis les gradins. « C’est un projet extraordinaire humainement. On voit les jeunes progresser, prendre du plaisir et se dépasser. Ils ont gagné en force, en endurance, en aisance motrice« , juge la kinésithérapeute.

Et aussi en assurance. « La glace c’est quand même un endroit pas facile pour Valentine. Ça lui donne confiance au fur et à mesure. Elle est en pleine évolution, elle a complètement changé. Au début, elle avait du mal à patiner, maintenant elle est plutôt souple. C’est génial pour elle« , témoigne Mickaël, le père de Valentine, 12 ans.

Au fur et à mesure des parcours, Eglantine gagne en confiance et en précision. • © Corentine Sellie / FTV

Les Extrordin’ice montrent leurs talents

Ylan aussi progresse. Le voilà qui se frotte à un autre exercice : glisser un cerceau dans un but en contournant les obstacles. Il marque plusieurs fois. Un grand sourire s’affiche sur son visage. Comme une célébration, il lève une jambe en équilibre tout en levant les bras tournés vers sa mère au bord de la patinoire : « Tu as fait la cigogne j’ai vu !« , « Je n’aurais jamais pensé que ce serait possible, ce projet est magnifique. C’est important car ils sont de plus en plus inclus au sein du club. Au début, ils s’entraînaient de façon un peu isolée et maintenant ils sont carrément intégrés au créneau à côté des autres pratiquants« , raconte la mère d’Ylan.

Trois fois par an, la troupe des Extrordin’ice est aussi intégrée à des galas ou des compétitions et réalise son programme. Des moments qu’apprécie Ylan : « On passe avec la musique, on se met au milieu et moi je tourne, je fais des pirouettes. » Mi-mars, Eglantine, Ylan, Adébowalé sont invités à l’occasion des championnats de France sur la glace de Valenciennes.

Article écrit par Enora Quellec pour France Info / Lien direct : « Je n’aurais jamais pensé que ce serait possible » : ces enfants en situation de handicap apprennent à patiner grâce à des entraînements adaptés